dimanche 15 juillet 2018


NOUVELLE CALEDONIE, PROVINCE NORD, ENTRECASTEAUX, CHESTERFIELD

Après six mois passés en métropole et en Guadeloupe, nous revoilà à bord de notre cher SODRIC qui, semble-t-il, après tant de temps passé sur un terre plein sous les tropiques, nous attendait avec une certaine impatience. Il nous l'a fait savoir en multipliant les petits tracas qu'il nous a fallu régler avant de reprendre la mer : joints en tous genres séchés, électronique défaillant, moteur hors bord refusant de démarrer... ajoutée à cela la pose d'un pilote automatique de secours, l'achat d'une belle grand voile, l’amélioration de l'isolation du frigo ...bon, après un mois de travail, nous voilà repartis.

Nous louons tout d’abord une voiture et faisons le tour de la « grande terre » puis, avant de rejoindre l'Australie, nous faisons un grand détour dans la mer de corail par les récifs d'Entrecasteaux et des Chesterfield. Ce sont parmi les terres françaises les plus isolées.

De notre tour du caillou, nous retiendrons assurément notre visite dans la tribu de Tiendanite d'où était originaire Jean-Marie Tjibaou. Après 25km de pistes dans la montagne, accueil, coutume et discussion chaleureuse avec une de ses belles filles. Cette visite nous ouvre les yeux notamment sur le poids de l'histoire dans la démarche indépendantiste Kanak. Merci à Jean-Marie, professeur au collège de Hienghène de nous avoir introduits auprès de cette tribu.
Pour le reste, nous ne sommes pas réellement tombés sous le charme de l'île, peut être les yeux trop braqués vers les montagnes défigurées par les mines de nickel à ciel ouvert. Peut être aussi la difficulté d’accéder librement à la nature nous a-t-elle gênée : en Calédonie, dans ces provinces du nord, les terres sont soit le territoire des tribus Kanak, soit des propriétés privés caldoches. Dans les deux cas, le promeneur n'y est pas forcement le bienvenu s'il n'est pas invité ou s'il ne se fait pas accompagner.

Carénage, dernière vérification de la dérive et enfin la mise à l'eau après un mois de travaux.


Balades à pieds et en voiture dans le nord du caillou. A la découverte du bush.



Un soir, l’accueil sympathique de Reine dans son camping près de la tribu de Netea. 

Nous avons beaucoup rallongé notre route vers l'Australie pour nous rendre d'abord, à l'extrême nord ouest du lagon calédonien, sur les récifs d'Entrecasteaux puis, au cœur de la mer de Corail, sur les récifs de Chesterfield.
Le jeux en valait la chandelle ; incroyables ces petits îlots de souvent moins de 1 km2, couverts d'oiseaux nicheurs, totalement perdus au milieu des flots. Il existe bien des endroits sur terre où l'homme n'a encore eu aucun impact … ces langues de sable en font partie.

Après une nuit de navigation dans l'immense lagon nord de Calédonie, arrivée au petit jour sur l'îlot Surprise, première halte dans les récifs d'Entrecasteaux

Mouillage et rencontre avec le monde des oiseaux du large.







Pas un autre bateau en vue durant notre vagabondage dans la mer de corail.


Bien sûr, un petit plongeon pour aller voir ce qui se cache ... de belles gorgones notamment.


Et après deux jours de mer, cap au sud ouest, nous arrivons sur Chesterfield ...

... où Jean-Pierre ne résiste pas à la tentation de tirer encore quelques portraits.





Juste pour info, ce sont des Frégates du Pacifique, des fous et des Noddis Bruns.


15 minutes de vidéo ...

samedi 27 janvier 2018

RETOUR EN NOUVELLE CALÉDONIE 

La poursuite de notre voyage passe à nouveau par la Nouvelle Calédonie. En effet, c'est là que nous laisserons le bateau le temps d'un retour en France de 6 mois.

Mais auparavant, nous avons retrouvé les eaux cristallines du lagon et découvert les îles Loyautés situées au nord-est de la grande terre : Ouvéa, Lifou et Maré. Nous avons accompli ce périple avec Aurélie, venue nous rejoindre durant un mois.

De part leurs origines exclusivement coralliennes, les îles Loyautés sont très différentes de leur grande sœur calédonienne. Lifou et Maré sont des îles plates, peu élevées, couvertes d'une végétation arbustive très dense. Ouvéa est caractérisée par son immense plage de plus de 25 kilomètres formant un croissant de lune qui se referme sur un vaste lagon. Celui-ci est bordé au nord et au sud par les îlots des Pléïadess, les eaux y sont parmi les plus belles du Pacifique.

Sur ces vastes territoires (Lifou est aussi grande que la Martinique), l'accueil Kanak est simple et engager une conversation chaleureuse n'est pas un problème. Inutile de louer une voiture, le stop (ou "pouce" en Nouvelle Calédonie) est d'une efficacité qui n'est égalée nulle part ailleurs.


Dans certains mouillages (ici l'îlot Casi tout au sud de la grande terre) l'eau a une transparence rarement égalée... 


... et les fonds recèlent des merveilles de couleurs et de formes. 

Nos balades à terre avec leurs imprévus: ici, un peu perdus sur l'île des Pins, avec pour seule solution pour rejoindre le rivage, suivre le cours d'une rivière à sec.

Au sud d'Ouvéa ...
... dont la plage peut laisser rêveur. 


Les côtes au vent toujours aussi sauvages ...

... et où on fait des rencontres inattendues.

Une chefferie Kanak, il est formellement interdit d'y pénétrer sans l'accord du chef. 

On se promène sur Maré mais attention, on peut par mégarde profaner des sites sacrés car juste en dessous de nous ...
... la grotte de corail est habitée!!


En effet, dans la campagne Kanak, les ancêtres ne sont jamais loin.

Un bon moment: la dégustation de crabes de cocotiers dans la petite case sur le rivage.



Il n'y avait que les crabes qui faisaient la tête...

Chaque soir, profiter du soleil couchant.





lundi 27 novembre 2017

LES VANUATU : DE EFATE AUX ILES BANKS

Après nos escales sur Anatom et Tanna, les deux îles les plus au sud, nous poursuivons notre périple aux Vanuatu par l'île d'Efate où se trouve la capitale, Port Vila. Nous y refaisons les pleins en tous genres et continuons notre route vers le nord de l'archipel en s’arrêtant sur pratiquement toutes les îles : Emae, Epi, Malekulo, Ambrym, Pentecost, Santo, Ambae, Maewo et enfin, les îles Banks situées à 1500 km de l'équateur.

Ce périple a duré trois mois durant lesquels nous avons multiplié les mouillages et les rencontres, parfois dans des endroits qui nous ont semblé à l'écart du temps.


Nous voilà partis pour trois mois de vagabondage dans une douzaine d'îles réparties sur plus de 500 milles nautiques. 


Attention aux atterrissages, les cartes étant plus qu'imprécises. Arrivées de jour obligatoires.


Aux Vanuatu, la nature peut être austère, violente, tout comme elle peut être douceur et accueil. L'origine volcanique de ces îles y est sûrement pour quelque chose. Ainsi, les plages de cartes postales aux eaux cristallines, sable blanc et cocotiers voisinent avec des paysages durs, presque angoissants où on sent bien que la vie n'est pas toujours facile.


Les magnifiques banians avec leurs racines aériennes: souvent plus de trente mètres de haut et 10 mètres de circonférence. 

Tout au nord, dans l'archipel des Banks, mouillage loin de tout dans l'ancien cratère du volcan de l'île de Ureparapara. 






Ambrym, un des volcans les plus actifs des Vanuatu ...

... avec le lac de lave, bouillonnant au fond du cratère. 
Perruches et grandes roussettes nous accompagnent lors de nos balades.


Et on trouve aussi, comme partout sous les tropiques, les fonds colorés et les plages desertes.


Quand on entre dans la plupart des villages, on ne peut pas s’empêcher de penser que les premiers voyageurs découvrant ces îles ont vu la même chose que nous: des maisons faites de bambous, de feuilles de pandanus et de cocotiers, la fumée des feux de bois dans les cuisines pour la préparation du repas, une myriade d'enfants jouant sur la plage.
Peu de temps après avoir mouillé, une pirogue vient le long du bateau pour un simple bonjour et un premier échange : quel est ton nom ? d’où viens tu ? Où vas tu ?  

Dans la montagne de Pentcost.
En général, on ne visite pas un village sans l'approbation du chef qui, après s'être renseigné sur qui nous sommes, nous autorisera à poursuivre notre route.

Les villages sont structurés en quartiers, chacun regroupant une famille qu'il faut comprendre au sens très large. Les chefferies sont très hiérarchisées avec des "petits chefs" au sein de chaque famille jusqu'aux "grands chefs" qui règnent sur de vastes territoires.

Aux îles Banks, l'accueil des enfants et des chefs.




Les cases traditionnelles sont sommaires mais souvent fabriquées avec gout. On ne se lasse pas de les admirer au détour du chemin car, construites uniquement de végétaux, elles sont en parfaite harmonie avec leur environnement.





Vestige de la colonisation, les langues officielles sont l'anglais et le français, mais celle des ni-vanuatais est le bislama. C'est une sorte d'anglais et de français simplifié. A vous de traduire.
En plus, chaque île, ou même portion d'île, a sa propre langue. Il n'est donc pas rare de rencontrer des gens quadrilingue.

Les troncs à fente.  Le tamtam ni-vanuatais.


Comme dans toutes les îles, le bateau ravitailleur, essentiel à la vie du village. 





L'autorité de l'église est incontestée. La messe rythme le temps et la ferveur des chants nous fait comprendre combien ce rituel soude ces communautés isolées. 

Pour nous, participer à la messe est une marque de respect, c'est aussi une façon efficace de mieux s’intégrer et de créer des liens.

L'art du tressage. On fait de tout en pandanus,  nattes, paniers, maisons...


La tombe d'un chef dont l'enclos, totalement tabou, est ceinturé par les palmiers sacrés. 

Autre élément essentiel du village : l'école. Du kinder garden pour les plus petits au collège (les lycées sont à Port Vila ou Luganville), l'éducation est une priorité. On appelle l’instituteur « monsieur ». Les familles font des efforts financiers importants pour inscrire, équiper et habiller leurs enfants, même si on voit bien que l'isolement de certaines îles crée des disparités difficiles à combler.  

La pose de midi dans une école primaire sur l'île de Malo. 

La petite école de Tossi dans la montagne de Pentecost. Nous y avons présenté le film de nos voyages.




Le lakamale est en règle générale une maison commune où on se regroupe pour tous les événements importants du village. Le soir venu, les hommes s'y rassemblent autour du chef pour discuter des décisions à prendre tout en buvant le Kava, boisson tirée de la racine d'une plante particulièrement cultivée aux Vanuatu.
Cependant, évolution des sociétés oblige, si la fonction du lakamale est toujours très importante dans les îles reculées, elle l'est devenue beaucoup moins dans beaucoup d'endroits. En ville, les lakamales traditionnels ont disparu au profit de simples bars à kava.   


Ce soir, tout le village sera réuni dans le lakamale. On fait chauffer les pierres pour la préparation du repas commun.


La vie des gens est axée sur l'essentiel. Peu d'argent circule. La nourriture vient des jardins où on cultive le taro, l'igname et le manioc, améliorée pour les grandes occasions de cochons ou de poulets. Très peu de poissons, les ni-vanuatais sont des agriculteurs, non des pêcheurs.
On appelle jardin les champs situés autour du village. Si la générosité de la terre le permet, ils sont à proximité immédiate des maisons, mais ils peuvent aussi être à plus d'une heure de marche, accessibles par des sentiers escarpés à travers la forêt. Le jardin est le principal travail du ni-vanuatais et sa véritable richesse qu'il préserve des regards extérieurs. C'est de lui que dépend l'alimentation de la famille. Hommes et femmes participent à son entretien et aux récoltes.   





Le kava est plus qu'une institution dans les îles de l'ouest pacifique, c'est la plante du peuple mélanésien. Ses propriétés aphrodisiaques font dire d'elle qu'elle permet de raisonner dans le calme et donne la paix.
Les femmes sont traditionnellement exclues du rite du kava mais là encore, les choses changent et seules certaines îles comme Tanna maintiennent strictement cette règle.


Selon les endroits, la préparation du kava diffère mais, en règle générale, il est broyé, mélangé à de l'eau et filtré. 




Le kava est une richesse pour certaines îles. Il est réputé être le meilleur à Pentecost et Epi d'où il est exporté vers Port vila et Lunganville, mais aussi vers les autres îles du pacifique.

Jadis, les mélanésiens venus de l'ouest ont entrepris sur de grandes pirogues un difficile voyage contre les vents et l'océan pour découvrir et peupler ces îles. Aujourd'hui, les pirogues traditionnelles à balancier sont de dimensions réduites et ne peuvent pas affronter la haute mer. Faute de moteur, beaucoup trop cher, elles sont cependant journellement utilisées pour pécher dans les baies et transporter les produits des jardins.




En ville, les pirogues motorisées on fait leur apparition et servent d'autobus.

Aux Banks, à Ureparapara, le chef David pose fièrement devant la pirogue offert par la France, seul lien avec le principal village de l'archipel situé à plus de trois heures de navigation difficile.

Les voiliers ne sont pas oubliés et certains villages se sont organisés pour accueillir les voyageurs de passage.

Chez Maria à Pentecost.




Merci à Cathy et Joël pour les nombreuses photos qui illustrent cet article.